Et si le ver sortait du fruit ?
Il était une fois,
Une seule mais longue fois,
Un monde ayant pour roi,
Un peuple ayant pour loi,
Des âmes ayant pour foi,
La plus vile chose qui soit,
Une chose qui pousse au chacun pour soi :
« Les autres après d'abord c'est moi »,
Cette phrase montre trop bien je crois
Que l'argent fut un mauvais choix !
De l'avis de tous, fallait que ça change,
Tous sauf ceux que l'argent arrange,
Qui croient peut-être que ça se mange,
Qui refusent que ça se mélange,
Et l'accumulent : idée étrange.
Pour moi la vie c'est un échange :
T'as pas ? J'ai, je te donne. Et le reste ? On le range.
Une ou deux pommes contre une orange.
Alors tant pis si ça dérange,
Ca fait trop longtemps que ça me démange !
Alors j'ai voulu vous le dire,
En commençant par ceux qu'on dit les pires,
Et que pourtant beaucoup admirent,
Parce qu'ils possèdent un empire,
Dont la valeur ne cesse de grandir.
Ils voient gonfler leur bourse avec plaisir,
Et ont très peur de devoir la sortir.
Quand j'ai parlé d'échange et de sourire
Pour soigner un monde en train de pourrir,
J'ai bien cru qu'ils allaient mourir
Avant de me regarder, de frémir,
Et d'éclater d'un méchant rire !
J'avais le moral sous la terre,
Mais j'aime pas me laisser faire.
Aux tarifs fixés par une caissière,
Moi je préfère le prix d'un être cher.
Alors du sommet ou j'étais hier,
Je dégringole dans ce qu'ils voient comme un enfer,
Dans des usines sombres où les ceintures se serrent.
« Des échanges ! Sans argent, fin de la misère ! »...
Mes mots ont ricoché et ça reste un mystère,
Ces prisonniers se sont attachés à leurs fers.
J'ai besoin de me mettre au vert !
« Le monde est de moins en moins beau,
Tout devient gris à cause de ces pots
Qu'en conduisant on utilise comme des pinceaux.
Le temps c'est de l'argent : ils veulent arriver tôt,
Pour gagner plus il faut plus de boulot.
S'il fait trop chaud y a qu'à acheter des frigos. »
Voici en quelques maux
Ce que j'ai dit aux écolos,
Air climatisé dans chaque bureau,
Tissu aéroporté sur le dos.
Est-ce pour ça qu'ils m'ont regardé de si haut,
Et m'ont à peine trouvé rigolo,
Quand j'ai parlé de remplacer l'euro
Par toutes sortes de cadeaux ?
Mais nom de Dieu
Que l'homme est prétentieux !
En haut, en bas ou bien bio, tous sont odieux,
Quand la révolte arrive jusque chez eux.
Il me fallait quelqu'un de beaucoup mieux,
Quelqu'un de vraiment généreux,
Le genre de personne qu'on trouverait aux cieux,
Mais c'est trop haut j'ai donc pris des gens du milieu,
On dit d'eux qu'ils sont religieux.
Je leur ai expliqué mon v½u,
Mais même si j'y ai mis tout mon sérieux
Il n'a pas dû leur paraître très pieu,
Car ils m'ont répondu d'un ton mielleux,
Que si l'argent ne nous rend pas heureux
Il ne nous rend pas non plus malheureux.
Formule facile pour philosophe fâcheux !
Je vais jamais y arriver.
Tant pis je vais laisser tomber.
Va falloir s'y habituer,
Nos enfants auront pour pilier
Le dollar, l'euro ou bien une autre monnaie.
Je renonce à leur inspirer
L'art d'échanger, de partager.
Echanger des denrées au lieu d'en acheter,
Se prêter des jouets pour pas les entasser,
T'en veux plus ? Moi j'en veux. Les deux sont satisfaits !
Ce rêve est trop beau, je ne peux pas renoncer,
Et je crois même avoir une nouvelle idée :
Il y a des gens idéalement placés,
Mieux que les riches, les pauvres, les verts ou les curés,
Afin de semer et puis de faire germer
Des valeurs teintées d'un peu plus d'humanité :
Les professeurs... écoles, collèges, lycées !
Du coup j'ai ramassé tout mon courage
Et mis tout mon c½ur à l'ouvrage.
J'ai rassemblé des spécimens de tous âges,
Mais tous tirés d'un même paysage :
Tableau, bureau, face à vingt ou trente visages.
Et puis face à ce collège de sages,
Me suis appliqué à transmettre mon message,
Ventant cent fois les avantages
D'une société où le marchandage
Se ferait devant un bel étalage,
Avec de beaux accents sur la place d'un village ;
Et non dans le minuscule bocage
D'un banquier tout gris au robotique langage,
N'ayant qu'un écran comme fenêtre à sa cage.
Mon utopie remporta leur suffrage,
Mais n'avait pas sa place dans les rouages
D'une école aussi prévisible qu'un vieux ménage.
Tous utilisèrent donc le mot « dommage » !
Dommage car cette fois j'avais presque réussi.
En tout cas la voie semble bien choisie :
C'est les enfants qui doivent être conquis !
Pour faire sortir le ver du fruit,
Le plus simple je l'ai bien compris,
C'est qu'il n'y ait pas de place pour lui.
Les profs n'ont pas le droit de faire de l'esprit,
C'est donc aux parents qu'il faut que je me confie.
« Mamans, papas, sauvez vos fils, sauvez vos filles
De la dictature à laquelle vous êtes soumis !
L'obsession de l'argent pourrit leur vie,
La peur d'être moins riche les bousille ».
Mon discours manquait peut-être de poésie,
Mais en l'écoutant les têtes hochaient pour dire oui.
Je crus donc mon succès acquis,
Lorsque soudain j'en entendis me dire ceci :
« Votre système a du génie,
Echanger permet de faire des économies
Et de mettre un peu d'argent à l'abri
Pour les études du petit ».
En entendant « abris » quand j'espérais « des bris »,
J'ai douloureusement compris
Que si les parents étaient bien de mon avis,
C'est avec l'argent que leurs enfants ont grandi.
Y renoncer leur paraît donc une folie,
Car trop vite les mauvais réflexes sont pris !
Il va donc falloir que je m'y prenne plus tôt :
Parler à celles qui portent un être nouveau,
Un qui n'a pas encore l'argent dans la peau,
Ou plutôt sur le dos,
Un qui ne connaît pas même ce vilain mot.
Je cherchai donc une femme au ventre bien gros,
Pour la convaincre que le plus beau des cadeaux
A faire au bébé qui naîtra bientôt
C'est l'accueillir dans un monde plus beau,
Où les capitaux se transforment en chapiteaux,
Où les échanges se font conviviaux,
Transaction de brioches et non plus de lingots.
Tous m'ont tiré leur chapeau :
« Une lutte pareille c'est costaud !
Et c'est vrai que l'argent domine trop.
On en achète et on en veut plus qu'il n'en faut,
Dans les caddies les monts sont de plus en plus hauts,
Et nous cachent ceux qui sont dans le caniveau.
Mais mon bébé je veux qu'il reste au chaud,
Ok pour qu'il partage avec d'autres marmots,
Mais c'est à lui que doit profiter mon boulot ».
Instinct maternel hérité des animaux,
Les gens se servent de toi pour rester persos !
Plus je me dirige vers les enfants,
Plus les gens pensent que mon pansement
Peut guérir radicalement
Contre la folie de l'argent.
Mais les adultes ont peur du traitement,
Ils le trouvent tous trop traumatisant.
Il ne faut donc plus que je m'adresse à ces grands,
Mais à ces petits qu'on dit inconscients
Quand ils vont réfléchissant librement,
Quand ils vont révolutionnant
Les saintes valeurs des parents.
A peine leur avais-je expliqué mon plan,
Qu'ils ont salué mon talent
Avec des cris et beaucoup d'applaudissements.
J'ai pas l'habitude des débordements,
Mais je dois dire que ce fut enthousiasmant
De les voir faire la guerre à l'argent,
Allant même jusqu'à traquer les anciens francs
Qui se reposaient bien paisiblement
Des crimes commis il y a longtemps.
Les choses changèrent lentement,
Mais elles changèrent vraiment.
Et un très beau jour je vis sur tous les écrans,
Des villas s'échanger contre un sourire franc,
Et même des légumes payés de diamants !
Voici venu le temps de vous parler de moi :
En chaque être se cache une petite voix,
De celle qu'on entend mais qu'on n'écoute pas,
Qui continue et ne se décourage pas
A chuchoter à tous ce qu'il faudrait qu'ils soient,
Pendant que l'argent hurle sa mauvaise voie.
Puis vient un jour où tout au fond de soi,
Les pièces ne tintent plus sans bien savoir pourquoi.
Alors on perçoit le murmure d'un nouveau choix,
D'une nouvelle foi, d'un nouveau roi...
PS : M. Parmentier SuperStar est encore passé sur Aisne tv au sujet de la semaine de théâtre (rubrique Aisnevénements ou quelque chose comme ça). Remerci et Rebravo à lui !