Utopie quand tu nous tiens !

Un texte qui parle d'enfants qui n'ont rien (clin d'oeil pour ceux qui ont vu Pinok et Barbie). Il est un tantinet long mais facile à suivre et parlant, pour les petits comme pour les grands (oups j'ai fait une rime dis donc !)

Et si le ver sortait du fruit ?

Il était une fois,
Une seule mais longue fois,
Un monde ayant pour roi,
Un peuple ayant pour loi,
Des âmes ayant pour foi,
La plus vile chose qui soit,
Une chose qui pousse au chacun pour soi :
« Les autres après d'abord c'est moi »,
Cette phrase montre trop bien je crois
Que l'argent fut un mauvais choix !

De l'avis de tous, fallait que ça change,
Tous sauf ceux que l'argent arrange,
Qui croient peut-être que ça se mange,
Qui refusent que ça se mélange,
Et l'accumulent : idée étrange.
Pour moi la vie c'est un échange :
T'as pas ? J'ai, je te donne. Et le reste ? On le range.
Une ou deux pommes contre une orange.
Alors tant pis si ça dérange,
Ca fait trop longtemps que ça me démange !

Alors j'ai voulu vous le dire,
En commençant par ceux qu'on dit les pires,
Et que pourtant beaucoup admirent,
Parce qu'ils possèdent un empire,
Dont la valeur ne cesse de grandir.
Ils voient gonfler leur bourse avec plaisir,
Et ont très peur de devoir la sortir.
Quand j'ai parlé d'échange et de sourire
Pour soigner un monde en train de pourrir,
J'ai bien cru qu'ils allaient mourir
Avant de me regarder, de frémir,
Et d'éclater d'un méchant rire !

J'avais le moral sous la terre,
Mais j'aime pas me laisser faire.
Aux tarifs fixés par une caissière,
Moi je préfère le prix d'un être cher.
Alors du sommet ou j'étais hier,
Je dégringole dans ce qu'ils voient comme un enfer,
Dans des usines sombres où les ceintures se serrent.
« Des échanges ! Sans argent, fin de la misère ! »...
Mes mots ont ricoché et ça reste un mystère,
Ces prisonniers se sont attachés à leurs fers.
J'ai besoin de me mettre au vert !

« Le monde est de moins en moins beau,
Tout devient gris à cause de ces pots
Qu'en conduisant on utilise comme des pinceaux.
Le temps c'est de l'argent : ils veulent arriver tôt,
Pour gagner plus il faut plus de boulot.
S'il fait trop chaud y a qu'à acheter des frigos. »
Voici en quelques maux
Ce que j'ai dit aux écolos,
Air climatisé dans chaque bureau,
Tissu aéroporté sur le dos.
Est-ce pour ça qu'ils m'ont regardé de si haut,
Et m'ont à peine trouvé rigolo,
Quand j'ai parlé de remplacer l'euro
Par toutes sortes de cadeaux ?

Mais nom de Dieu
Que l'homme est prétentieux !
En haut, en bas ou bien bio, tous sont odieux,
Quand la révolte arrive jusque chez eux.
Il me fallait quelqu'un de beaucoup mieux,
Quelqu'un de vraiment généreux,
Le genre de personne qu'on trouverait aux cieux,
Mais c'est trop haut j'ai donc pris des gens du milieu,
On dit d'eux qu'ils sont religieux.
Je leur ai expliqué mon v½u,
Mais même si j'y ai mis tout mon sérieux
Il n'a pas dû leur paraître très pieu,
Car ils m'ont répondu d'un ton mielleux,
Que si l'argent ne nous rend pas heureux
Il ne nous rend pas non plus malheureux.
Formule facile pour philosophe fâcheux !

Je vais jamais y arriver.
Tant pis je vais laisser tomber.
Va falloir s'y habituer,
Nos enfants auront pour pilier
Le dollar, l'euro ou bien une autre monnaie.
Je renonce à leur inspirer
L'art d'échanger, de partager.
Echanger des denrées au lieu d'en acheter,
Se prêter des jouets pour pas les entasser,
T'en veux plus ? Moi j'en veux. Les deux sont satisfaits !
Ce rêve est trop beau, je ne peux pas renoncer,
Et je crois même avoir une nouvelle idée :
Il y a des gens idéalement placés,
Mieux que les riches, les pauvres, les verts ou les curés,
Afin de semer et puis de faire germer
Des valeurs teintées d'un peu plus d'humanité :
Les professeurs... écoles, collèges, lycées !

Du coup j'ai ramassé tout mon courage
Et mis tout mon c½ur à l'ouvrage.
J'ai rassemblé des spécimens de tous âges,
Mais tous tirés d'un même paysage :
Tableau, bureau, face à vingt ou trente visages.
Et puis face à ce collège de sages,
Me suis appliqué à transmettre mon message,
Ventant cent fois les avantages
D'une société où le marchandage
Se ferait devant un bel étalage,
Avec de beaux accents sur la place d'un village ;
Et non dans le minuscule bocage
D'un banquier tout gris au robotique langage,
N'ayant qu'un écran comme fenêtre à sa cage.
Mon utopie remporta leur suffrage,
Mais n'avait pas sa place dans les rouages
D'une école aussi prévisible qu'un vieux ménage.
Tous utilisèrent donc le mot « dommage » !

Dommage car cette fois j'avais presque réussi.
En tout cas la voie semble bien choisie :
C'est les enfants qui doivent être conquis !
Pour faire sortir le ver du fruit,
Le plus simple je l'ai bien compris,
C'est qu'il n'y ait pas de place pour lui.
Les profs n'ont pas le droit de faire de l'esprit,
C'est donc aux parents qu'il faut que je me confie.
« Mamans, papas, sauvez vos fils, sauvez vos filles
De la dictature à laquelle vous êtes soumis !
L'obsession de l'argent pourrit leur vie,
La peur d'être moins riche les bousille ».
Mon discours manquait peut-être de poésie,
Mais en l'écoutant les têtes hochaient pour dire oui.
Je crus donc mon succès acquis,
Lorsque soudain j'en entendis me dire ceci :
« Votre système a du génie,
Echanger permet de faire des économies
Et de mettre un peu d'argent à l'abri
Pour les études du petit ».
En entendant « abris » quand j'espérais « des bris »,
J'ai douloureusement compris
Que si les parents étaient bien de mon avis,
C'est avec l'argent que leurs enfants ont grandi.
Y renoncer leur paraît donc une folie,
Car trop vite les mauvais réflexes sont pris !

Il va donc falloir que je m'y prenne plus tôt :
Parler à celles qui portent un être nouveau,
Un qui n'a pas encore l'argent dans la peau,
Ou plutôt sur le dos,
Un qui ne connaît pas même ce vilain mot.
Je cherchai donc une femme au ventre bien gros,
Pour la convaincre que le plus beau des cadeaux
A faire au bébé qui naîtra bientôt
C'est l'accueillir dans un monde plus beau,
Où les capitaux se transforment en chapiteaux,
Où les échanges se font conviviaux,
Transaction de brioches et non plus de lingots.
Tous m'ont tiré leur chapeau :
« Une lutte pareille c'est costaud !
Et c'est vrai que l'argent domine trop.
On en achète et on en veut plus qu'il n'en faut,
Dans les caddies les monts sont de plus en plus hauts,
Et nous cachent ceux qui sont dans le caniveau.
Mais mon bébé je veux qu'il reste au chaud,
Ok pour qu'il partage avec d'autres marmots,
Mais c'est à lui que doit profiter mon boulot ».
Instinct maternel hérité des animaux,
Les gens se servent de toi pour rester persos !

Plus je me dirige vers les enfants,
Plus les gens pensent que mon pansement
Peut guérir radicalement
Contre la folie de l'argent.
Mais les adultes ont peur du traitement,
Ils le trouvent tous trop traumatisant.
Il ne faut donc plus que je m'adresse à ces grands,
Mais à ces petits qu'on dit inconscients
Quand ils vont réfléchissant librement,
Quand ils vont révolutionnant
Les saintes valeurs des parents.
A peine leur avais-je expliqué mon plan,
Qu'ils ont salué mon talent
Avec des cris et beaucoup d'applaudissements.
J'ai pas l'habitude des débordements,
Mais je dois dire que ce fut enthousiasmant
De les voir faire la guerre à l'argent,
Allant même jusqu'à traquer les anciens francs
Qui se reposaient bien paisiblement
Des crimes commis il y a longtemps.
Les choses changèrent lentement,
Mais elles changèrent vraiment.
Et un très beau jour je vis sur tous les écrans,
Des villas s'échanger contre un sourire franc,
Et même des légumes payés de diamants !

Voici venu le temps de vous parler de moi :
En chaque être se cache une petite voix,
De celle qu'on entend mais qu'on n'écoute pas,
Qui continue et ne se décourage pas
A chuchoter à tous ce qu'il faudrait qu'ils soient,
Pendant que l'argent hurle sa mauvaise voie.
Puis vient un jour où tout au fond de soi,
Les pièces ne tintent plus sans bien savoir pourquoi.
Alors on perçoit le murmure d'un nouveau choix,
D'une nouvelle foi, d'un nouveau roi...




PS : M. Parmentier SuperStar est encore passé sur Aisne tv au sujet de la semaine de théâtre (rubrique Aisnevénements ou quelque chose comme ça). Remerci et Rebravo à lui !

# Posté le mardi 17 juin 2008 19:52

M. Parmentier super star ....

Bonjour à tous !

Vous voulez voir M. Parmentier passer à la télé ? Alors copiez l'adresse ci-dessous dans votre barre d'adresse et montez le son :


http://www.aisne.tv/1.0/Archivage-Des-Aisnevenements-230408

(Si ça ne démarre pas tout seul cliquez sur le "f" (Flash player) à gauche de l'écran.)


Bravo et merci à lui !

# Posté le samedi 26 avril 2008 14:59

Modifié le mardi 29 avril 2008 16:21

Retour au pays natal...

Bonjour à tous !

Un petit hommage à un poète que j'ai découvert au lycée et qui est mort hier (il faut vivre en Chine ou ne pas avoir la télé pour ne pas en avoir entendu parler !) : Aimé Césaire.
Il était un poète engagé (il a d'ailleurs occupé des fonctions politiques) en faveur de la condition du peuple noir. Ce peuple, auquel il appartenait, il l'appelait volontairement "les nègres", un peu comme pour retourner contre eux, ce mot laid et péjoratif que les racistes de l'époque utilisaient avec déléctation comme une arme.

Voici un extrait de la fin de son ouvrage le plus célèbre : Le Cahier d'un retour au pays natal. Dans ce passage, il célèbre avec jubilation cette révolte et cette libération des noirs du monde entier.





"La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté

Elle est debout la négraille

La négraille assise
inattendument debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
debout
et
libre
[...]
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout sous les étoiles
debout
et
libre"





Voici pour finir ce que disait de lui André Breton, l'un de ses collègues poètes les plus illustres :
"Aimé Césaire est le premier à avoir compris que la poésie commence avec l'excès, la démesure, les recherches frappées d'interdit, dans le grand tam-tam aveugle, jusqu'à l'incompréhensible pluie d'étoiles... La parole d'Aimé Césaire, belle comme l'oxygène naissant."




Espérons donc que son dernier souffle continue à nous décoiffer encore longtemps...
Retour au pays natal...

# Posté le vendredi 18 avril 2008 17:57

Le joujou du pauvre

"Encore un poème !!!"

J'entends d'ici vos exclamations indignées mais comme l'a dit Fabrice Melquiot (auteur de théâtre et de poésie) quand il est venu au collège l'année dernière : "Lire un peu de poésie chaque jour c'est aussi essentiel que se brosser les dents". Alors au lieu de râler vous feriez mieux de me remercier de m'occuper de votre hygiène littéraire.

De plus il ne s'agit pas d'un poème comme les autres mais d'un poème en prose que j'ai essayé d'intégrer à ma séquence sur la poésie en 3e mais auquel j'ai dû renoncer faute de temps et d'occasion. Alors je me rattrape et en fais profiter les autres élèves...

Hormis la beauté du message et le plaisir de lire un beau texte (plaisir qui peut s'apparenter à celui de manger un morceau de Tiramisu), j'espère que ce poème vous démontrera que la poésie est plus une histoire de beauté dans la combinaison des mots que de prouesses techniques liées aux rimes, aux enjambements etc.
Bien évidemment l'un n'empêche pas l'autre et ce n'est sûrement pas ce bon vieux Baudelaire qui me contredira, déjà parce qu'il est mort, mais aussi parce qu'il a également écrit des poèmes "classiques" en vers regroupés dans le très célèbre recueil : Les Fleurs du Mal.


Le joujou du pauvre


Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions d'un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un ½il impartial découvrirait la beauté, si, comme ½il du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
[i]
Baudelaire, Petits poèmes en prose.

# Posté le mercredi 05 mars 2008 13:46

A méditer pendant les vacances !

De mon temps (qui peut vous paraître lointain mais qui ne l'est pas tant que ça... non, non !) et dans ma région (qui peut vous paraître lointaine aussi) on appelait les vacances de Février les vacances de Carnaval !
Mais, me direz-vous, quelle est donc cette fête au nom étrange ? Et bien sachez qu'elle remonte à plus de 2000 ans et que depuis l'Antiquité (et je précise que je suis né bien après) elle consiste à se déguiser pour inverser les rangs et les rôles sociaux : ainsi les riches se déguisaient en pauvres et inversement, les adultes jouaient les enfants et vice versa, on allait même jusqu'à danser à l'église et chanter la messe à l'envers...

Votre mission pour les vacances, si vous l'acceptez, sera dès lors de réfléchir (eh oui!) à la question suivante : pourquoi selon vous a-t-on à toutes les époques organisé cette fête qui, si elle revêt des aspects différents entre par exemple le carnaval de Rio (la ville pas le prof) et celui de Venise, est toujours restée fidèle à ce principe d'inversion des rôles ?


Sur ce : Bonnes vacances !!!

# Posté le jeudi 07 février 2008 17:43

Modifié le vendredi 08 février 2008 16:24